Un employeur licencie un salarié pour faute grave, puis le rappelle six mois plus tard. Légal ? Oui. Mais cette décision peut se retourner contre lui devant les prud’hommes si elle est mal exécutée. Le droit du travail laisse une liberté réelle – à condition d’en maîtriser les contours.
La loi autorise la réembauche après une faute grave
Le Code du travail ne contient aucune disposition interdisant à un employeur de réembaucher un salarié qu’il a lui-même licencié pour faute grave. Cette liberté est totale sur le principe. La faute grave justifie une rupture immédiate, sans préavis ni indemnité de licenciement – mais elle n’emporte aucune interdiction d’embauche ultérieure.
Ce qui change tout, c’est la logique juridique du nouveau contrat : les deux relations de travail sont entièrement indépendantes l’une de l’autre. L’employeur repart de zéro. Le nouveau contrat – CDI ou CDD – doit être rédigé comme si les parties ne s’étaient jamais liées, sans aucune référence à l’ancien lien contractuel.
Quel délai respecter entre le licenciement et la réembauche?
Aucun texte ne fixe de délai minimum. Mais la jurisprudence envoie un signal clair : attendre au moins six mois avant de procéder à la réembauche. Ce seuil, régulièrement cité par les praticiens RH, n’est pas une règle écrite – c’est une limite en deçà de laquelle le risque contentieux monte fortement.
La Cour de cassation a déjà requalifié des licenciements dans des affaires où la réembauche survenait quelques semaines après la rupture. Le raisonnement est simple : si le salarié était assez dangereux pour justifier un licenciement immédiat, pourquoi le rappeler deux mois plus tard ? Plus le délai est court, plus le motif de licenciement devient suspect aux yeux du juge.
Ce risque de requalification n’est pas théorique. Un licenciement requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse expose l’employeur à des indemnités calculées selon le barème Macron, soit entre 1 et 20 mois de salaire brut selon l’ancienneté.
Quels droits le salarié réembauché conserve-t-il?

La réponse est nette : presque aucun. Le salarié perd intégralement l’ancienneté acquise sous le précédent contrat. Cette ancienneté ne se transporte pas automatiquement d’une relation de travail à une autre, quand bien même il s’agit du même employeur.
L’employeur peut imposer une nouvelle période d’essai, au même titre que pour tout autre recrutement. La rémunération et les avantages contractuels se négocient depuis zéro. Aucun droit acquis ne survit à la rupture.
Une exception existe cependant. Via un accord collectif ou une clause spécifique dans le nouveau contrat, l’employeur peut décider de reprendre tout ou partie de l’ancienneté antérieure. C’est une faculté, pas une obligation légale. Certains employeurs y ont intérêt pour fidéliser un profil difficile à remplacer, ou pour maintenir des droits liés à la convention collective qui nécessitent un seuil d’ancienneté. Mais la décision appartient entièrement à l’employeur.
- Ancienneté : perdue sauf clause contractuelle ou accord collectif contraire
- Période d’essai : autorisée, comme pour tout nouveau recrutement
- Salaire et avantages : renégociés librement, aucun acquis de l’ancien contrat
- Droits à la mutuelle, aux tickets-restaurant, aux primes : à reconfigurer dans le nouveau contrat
Réintégration judiciaire et licenciement nul : un cas à part
La réembauche volontaire ne doit pas être confondue avec la réintégration imposée par un tribunal. Quand un licenciement est déclaré nul – par exemple en cas de violation d’une liberté fondamentale, de discrimination, ou de harcèlement moral – le juge peut ordonner la réintégration du salarié.
Cet effet est radical : le licenciement est juridiquement effacé. Le salarié reprend son poste comme s’il n’avait jamais été licencié. La conséquence directe est qu’il ne peut pas réclamer d’indemnité de licenciement puisque la rupture disparaît rétroactivement.
Si la réintégration est impossible ou si le salarié ne la demande pas, l’article L1235-3-1 du Code du travail prévoit une indemnité minimale équivalente à six mois de salaire. Cette indemnité échappe au plafonnement du barème Macron – une différence majeure par rapport au licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Comment réembaucher un salarié après un licenciement pour faute grave sans fragiliser la décision initiale?

Avant tout, il faut documenter les raisons qui motivent la réembauche. Un profil introuvable sur le marché, une compétence rare, un projet temporaire – ces éléments justifient la démarche et constituent un rempart en cas de contestation. Un dossier vide ressemble à un aveu.
Depuis l’ordonnance du 22 septembre 2017, le délai de prescription pour contester un licenciement est fixé à 12 mois à compter de la notification. Si la réembauche intervient après ce délai, le risque contentieux lié au licenciement initial est mécaniquement réduit. Attendre la fin de ce délai avant de procéder au recrutement est une stratégie cohérente.
Sur la rédaction du contrat, la règle est absolue : aucune mention de l’ancien contrat, aucun renvoi à l’historique salarial, aucun « compte tenu de votre ancienneté précédente ». Le contrat doit tenir debout seul, comme s’il s’agissait d’un candidat externe. Pour les entreprises qui gèrent des questions sensibles autour de la rémunération, cette rigueur rédactionnelle vaut aussi pour les clauses financières du nouveau contrat.
Un salarié qui revient après un licenciement pour faute grave n’est pas un salarié ordinaire. Les relations passées, les tensions éventuelles, le regard des collègues – tout cela pèse sur l’intégration. Les employeurs qui réussissent cette opération sont ceux qui l’ont préparée en amont, pas ceux qui ont rappelé un numéro dans l’urgence d’un recrutement raté.