Soixante-seize conventions territoriales remplacées par un seul texte national. C’est le chantier colossal qu’a mené la branche métallurgie en l’espace de quelques années, pour aboutir à une convention collective unique applicable à plus de 1,5 million de salariés. Depuis le 1er janvier 2024, les règles du jeu ont changé – voici ce que cela signifie concrètement pour les employeurs comme pour les salariés.
Pourquoi une nouvelle convention collective de la métallurgie a-t-elle vu le jour?
Pendant des décennies, la métallurgie française a fonctionné avec une mosaïque de textes conventionnels : 76 conventions collectives territoriales, auxquelles s’ajoutaient de nombreux accords nationaux, chacun couvrant un périmètre géographique ou un sous-secteur différent. Cette fragmentation avait un coût réel en termes de lisibilité et d’équité. Un salarié de l’industrie automobile à Lyon ne bénéficiait pas exactement des mêmes droits qu’un collègue exerçant le même métier à Bordeaux.
Le poids du secteur rendait cette situation d’autant plus problématique. Avec plus de 1,5 million de salariés répartis dans 42 000 entreprises, la métallurgie concentre à elle seule 40 % de l’emploi industriel national selon une étude de l’UIMM publiée en 2024. Un tel volume de travailleurs méritait un cadre social cohérent et unifié.
C’est l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) qui a porté le projet, en négociant avec les syndicats représentatifs – notamment la CFDT, la CFE-CGC et FO. L’objectif affiché était double : simplifier le droit applicable et moderniser les classifications professionnelles, qui n’avaient pas été refondues depuis les années 1970.
Origine et calendrier d’application de la CCN métallurgie
Le projet remonte à 2016, date à laquelle les partenaires sociaux ont engagé les premières discussions sur la nécessité d’une convention unique. Six années de négociations ont été nécessaires pour aboutir à un texte consensuel. La convention a finalement été signée le 7 février 2022, puis étendue par arrêté ministériel du 14 décembre 2022, publié au Journal officiel du 22 décembre 2022.
Le déploiement s’est fait en deux temps. Le régime de protection sociale – mutuelle et prévoyance – est entré en vigueur dès le 1er janvier 2023, afin de laisser aux entreprises le temps de mettre en place les contrats correspondants. L’ensemble des autres dispositions, notamment la nouvelle classification des emplois et les règles salariales, est devenu applicable au 1er janvier 2024.
Ce séquencement n’est pas anodin. Il a permis aux directions des ressources humaines d’anticiper la migration vers les nouvelles grilles sans avoir à tout gérer simultanément. Mais il a aussi créé une période de transition où coexistaient deux référentiels – une source de confusion pour les services paie moins expérimentés.
Où trouver le texte officiel de la convention collective de la métallurgie?

Le texte intégral de la convention est accessible gratuitement sur Légifrance, sous la référence KALICONT000046993250. Vous y trouvez non seulement le texte initial, mais aussi l’ensemble des avenants publiés depuis l’extension. C’est la source à privilégier pour toute vérification, en particulier lors d’un contentieux ou d’un audit social.
La nouvelle CCN métallurgie présente une particularité administrative à connaître : elle ne possède pas de numéro de brochure, contrairement à la plupart des conventions collectives françaises. Son seul identifiant officiel est le code IDCC 3248. Ce code doit obligatoirement figurer sur le bulletin de paie de chaque salarié relevant de la convention, et ce depuis le 1er janvier 2024 selon les Éditions Tissot. Une erreur sur ce point expose l’employeur à une contestation devant le conseil de prud’hommes.
Pour les équipes RH qui ont besoin d’une version imprimable ou d’un accès aux textes consolidés avec leurs mises à jour successives, Légifrance reste la référence. Certains éditeurs juridiques proposent des versions annotées, mais elles ne remplacent pas la consultation du texte officiel pour les situations litigieuses.
Quels sont les principaux changements introduits par la nouvelle convention?
La refonte la plus structurante concerne la classification des emplois. L’ancien système, fondé sur des coefficients, a été intégralement remplacé par une grille à six critères, chacun noté de 1 à 10. Ces critères évaluent des dimensions comme la complexité des tâches, l’autonomie, la technicité ou l’encadrement exercé. La somme des six notes détermine une classe (de 1 à 18), qui correspond elle-même à un groupe (de A à I).
La frontière entre statuts s’établit comme suit :
- Groupes A à E : salariés non-cadres
- Groupes F à I : salariés cadres
Ce redécoupage a des conséquences concrètes. Certains salariés auparavant classés cadres se retrouvent positionnés dans les groupes A à E après reclassification selon les nouveaux critères. La convention prévoit explicitement que le maintien du salaire et des avantages sociaux est garanti en cas de changement de statut descendant, ce qui évite une dégradation brutale des conditions. Mais cela ne supprime pas le travail de communication interne que cela implique pour les managers RH.
Comment connaître le salaire minimum prévu par la convention collective métallurgie?
Le mécanisme est plus mécanique qu’il n’y paraît. Une fois les six critères évalués pour un poste donné, leur somme détermine la classe du salarié, puis son groupe. Chaque groupe correspond à un salaire minimum mensuel garanti, défini dans la grille de salaires de la convention. Vous n’avez donc pas à chercher un barème au hasard : tout découle de la somme des critères.
Pour consulter les valeurs à jour, Légifrance publie les avenants salariaux dès leur signature et extension. Les partenaires sociaux de la branche négocient régulièrement des revalorisations, en particulier en période d’inflation. Les services paie doivent donc surveiller ces avenants pour s’assurer que les minima appliqués sont bien ceux en vigueur et non des valeurs périmées.
Un point de vigilance : le salaire minimum conventionnel s’applique sur la base du temps plein. Pour les salariés à temps partiel, le calcul doit être proratisé. Un opérateur classé en groupe B avec un contrat à 80 % se voit appliquer 80 % du minimum correspondant à son groupe – pas le minimum plein, ce qui est une erreur fréquente dans les bulletins de paie.
Grille des salaires 2025 : ce que la nouvelle classification change concrètement
La grille de salaires applicable en 2025 organise les rémunérations minimales autour des neuf groupes de la classification. Les groupes A à E couvrent les métiers d’exécution, de support technique et d’encadrement intermédiaire, tandis que les groupes F à I regroupent les fonctions cadres, jusqu’aux niveaux de direction.
À titre d’exemple, un salarié dont la somme des six critères atteint 16 points se retrouve en classe 5, groupe B. Son salaire minimum mensuel brut pour 2025 est supérieur au SMIC, avec une garantie conventionnelle spécifique. À l’opposé, un ingénieur positionné en groupe G – ce qui suppose un total de critères bien plus élevé – bénéficie d’un plancher salarial significativement plus élevé, reflet de l’autonomie et de la responsabilité attendues à ce niveau.
La nouveauté par rapport à l’ancien système réside dans la transparence du calcul. Auparavant, la classification résultait souvent d’une négociation informelle entre le salarié et l’employeur. Désormais, chaque critère est documenté, ce qui réduit l’arbitraire mais augmente la charge administrative lors des campagnes de reclassification. Les entreprises qui n’ont pas finalisé ce travail au 1er janvier 2024 s’exposent à des rappels de salaire en cas de contrôle URSSAF ou de contentieux prud’homal.
Quelle est la couverture prévoyance et mutuelle prévue par la CCN métallurgie?

Le régime de protection sociale issu de la nouvelle convention fixe des planchers précis selon le statut. Pour les salariés non-cadres, l’employeur prend en charge 43 % du coût de la prévoyance couvrant l’incapacité de travail et le décès. Pour les cadres, cette prise en charge atteint 100 % – ce qui correspond à la logique historique de la convention collective nationale des cadres (CCN AGIRC) dont les principes sont ici repris.
Sur la mutuelle santé, la règle est uniforme : l’employeur doit financer au minimum 50 % de la cotisation globale, quel que soit le statut du salarié. Ce seuil est un minimum légal, mais la convention de branche le confirme et l’inscrit dans un cadre négocié. Certaines entreprises vont au-delà, notamment pour fidéliser leurs talents dans un secteur en tension sur les recrutements.
Ces dispositions sont entrées en vigueur au 1er janvier 2023, un an avant le reste de la convention. Les entreprises qui n’avaient pas mis à jour leurs contrats de prévoyance et de complémentaire santé à cette date se sont exposées à un risque juridique réel, notamment vis-à-vis des salariés en arrêt de travail.
Arrêt maladie, congés et ancienneté : ce que prévoit la convention collective de la métallurgie
La convention encadre précisément les droits à congés supplémentaires liés à l’ancienneté. Le mécanisme fonctionne par paliers :
- +1 jour de congé par an dès 2 ans d’ancienneté dans l’entreprise
- +2 jours dès 45 ans révolus avec au moins 2 ans d’ancienneté
- +3 jours dès 55 ans avec 20 ans d’ancienneté minimum
Ces jours supplémentaires s’ajoutent aux 25 jours ouvrés légaux et sont calculés sur la période de référence habituelle. Les salariés seniors qui cumulent les deux conditions – âge et ancienneté – bénéficient donc d’un droit à congé sensiblement supérieur à la moyenne. C’est une disposition à intégrer dans les outils de gestion des absences pour éviter les erreurs de solde en fin d’année.
Sur les règles relatives à l’arrêt de travail pour maladie, la convention prévoit un maintien de salaire dont les conditions varient selon l’ancienneté du salarié et son niveau de classification. Le dispositif s’articule avec les indemnités journalières de la Sécurité sociale et la prévoyance, formant un filet de protection dont l’épaisseur dépend directement du bon paramétrage des contrats de groupe.
La nouvelle CCN métallurgie impose aux employeurs une mise en conformité immédiate
Pour les services RH, la liste des obligations concrètes est longue. En premier lieu, le code IDCC 3248 doit figurer sur tous les bulletins de paie depuis le 1er janvier 2024. Une mention erronée ou absente constitue une anomalie formelle que les salariés peuvent contester, et que les inspecteurs du travail relèvent systématiquement lors des contrôles.
La reclassification de l’ensemble des salariés selon les six critères de la nouvelle grille est le chantier le plus chronophage. Chaque poste doit être évalué, documenté, et le résultat communiqué au salarié. Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) avec plusieurs centaines de collaborateurs ont souvent dû mobiliser leurs responsables RH pendant plusieurs mois pour mener à bien cet exercice.
Les points de vigilance les plus fréquents identifiés par les praticiens RH sont les suivants :
- Oublier de mettre à jour les contrats de travail pour refléter le nouveau groupe et la nouvelle classe
- Ne pas vérifier que le salaire réel est bien supérieur ou égal au minimum du groupe attribué
- Négliger la communication aux salariés dont le statut change (cadre vers non-cadre ou inversement)
- Appliquer les anciennes grilles territoriales au-delà du 31 décembre 2023, ce qui expose à des rappels de salaire
Les salariés qui estiment avoir été mal classés peuvent contester leur positionnement. En cas de désaccord sur les conditions de travail prévues contractuellement, le recours au conseil de prud’hommes reste ouvert, et la jurisprudence en la matière est en train de se constituer autour des premiers litiges nés de l’application de la nouvelle CCN.
Pour les dirigeants qui gèrent plusieurs entités ou qui opèrent dans des sous-secteurs variés de la métallurgie – de la fonderie à l’électronique industrielle – la vigilance s’impose aussi sur le champ d’application de la convention. Le code NAF de chaque établissement détermine l’affiliation à la branche. Une entreprise multi-activités peut, selon la configuration, relever partiellement ou intégralement de la nouvelle CCN. Ce point mérite une vérification juridique spécifique avant toute décision de reclassification globale.
Une convention construite sur six ans, signée en deux temps, appliquée en deux vagues – la métallurgie française a mis le temps qu’il fallait pour poser un cadre social unifié. Reste à voir si ce cadre tiendra sur la durée sans générer une nouvelle inflation d’avenants qui recrerait, à terme, la complexité dont il était censé nous affranchir.